dixième page

MERCREDI 21 MARS 2007

matin
Je viens de me piquer et j'ai eu du mal à trouver un point d'impact à gauche.
J'ai du m'y reprendre à trois fois avant de trouver un point, une zone où ça ne faisait pas mal.
J'éspère que tout se passera bien ce soir.
Quelqu'un m'a dit que cela anihilait ma vie sociale.
La vérité est que je n'ai pas de vie sociale de toute façon.
Mon quotidien ne change pas vraiment avec cette contrainte d'être rentré chez moi à 19 H , je le faisais déja avant le Spoutnikon
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# Posté le dimanche 10 juin 2007 11:31

onzième page

JEUDI 22 MARS 2007

C'est marrant mais je viens juste de prendre conscience du coté " rituel " du truc.
La répétition des mêmes gestes tous les jours donnerait presque un aspect cérémonie païenne à la prise de Spoutnikon.
Une sorte de messe quotidienne à la gloire du combat contre le VIH .
Je refais tous les jours , deux fois par jours strictement les mêmes choses dans le même ordre .
Je sors les produits du placard.
Je me lave les mains.
J'étends un torchon propre sur la table de cuisine.
Je dispose les produits de la même façon, l'ampoule de Spoutnikon à gauche et celle de l'eau à diluer à droite.
J'ouvre le blister contenant la seringue du mélange et ainsi de suite ....

Cela fait donc plus de dix jours que je répète ça inexorablement, immuablement, impertubablement, systématiquement.
On se croirait à versailles, on dirait le grand lever de Louis XIV sauf que lui l'affaire était publique et que je ne sens pas la nécéssité de convoquer mes voisins pour qu'ils assistent à ma prépa.

C'est un brin flippant parce que sans racisme aucun, sans vouloir faire de l'âgisme primaire pour moi ce sont les p'tits vieux qui aiment à répeter les mêmes gestes au quotidien, qui se sont crées un monde d'habitude.
Suis-je en train de me transformer en petit vieux malgré moi ?

soir
J'ai un nodule à gauche ( le coté des injections du matin )
Ca fait mal et c'est enflé.
Pourtant ce matin quand j'ai piqué c'est rentré comme dans du beurre et j'ai bien massé après.
Fait chier !
Vite quelque chose de beau pour me laver le cerveau à l'eau claire .
Alagna chantant le " e luccevan le stelle " de Tosca.
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# Posté le lundi 11 juin 2007 03:11

douzième page

VENDREDI 23 MARS 2007 première partie

Il est à peine cinq heures du matin et je sors d'un rêve d'une acuité , d'une intensité troublante.
Mon sommeil est habituellement léger.
Je me réveille d'ailleurs fréquemment plusieurs fois dans la nuit, je fais des plages de deux ou trois heures.
Je n'ai pas échappé à cette rêgle cette nuit.

Epuisé j'ai décidé de me coucher à 21H30 car j'avais mal au crâne, ce qui ne m'arrive jamais.
Hypertension? début de sinusite ?
Toujours est-il que je me suis réveillé très tôt dans le sommeil.
Réveil à 23H, puis à 2H et à 4 avant de faire le rêve fatidique en question.
J'y endossais la panoplie qui me débecte le plus , celle d'un pédophile jugé sur un banc d'assises.
Moi qui préfererais me foutre n l'aire plutôt que de toucher à un môme , qui aime les mecs dans la quarantaine trapus et velus.
Le genre de rêve qu'on n'aime pas faire.
Il faut que j'arête de regarder les émissions de Christophe Hondelatte.
Ca me rappelle un certain produit le S..... qui passant la barrière méningée faisait faire des rêves échevelés à mes camarades qui en prenaient.
Je me souviens notamment d'un garçon ( reposes en paix mon grand ) homo pur et dur affolé qui avait rêvé qu'il se retrouvait au mileu d'une partouze hétérosexuelle.
Expérience traumatisante s'il en est .

Il est vrai à ma décharge que ma proie, un ado de 14 ans en faisait beaucoup plus, était anormalement velu avec de longs poils roux et en guise de pieds des péniches qui le faisaient ressembler à Chewbacca dans la guerre des étoiles.
En tout cas dans ce rêve ma vie était brisée, ma carrière foutut, pour avoir dormi dans un lit avec un mineur à qui j'aurais avec son consentement , répondant à son désir, à qui j'aurais donc roulé une pelle , sucoté la queue.
Y a pas de quoi être fier j'en conviens.
Si ce peutain de produit provoque ce genre de choses, ça va être rock'n roll !
Demain je vais rêver que je milite au FN ?
Je suis plus qu'embarassé d'avoir rêvé ça d'autant plus que ça ne correspond en rien à mes fantasmes.
Ce serait plutôt sans entrer dans le détail l'exact contraire.
je n'ai jamais de ma vie eu de rapports avec des gens très jeunes et ai toujours été attir par les plus agés ou les mecs de mon âge.

En tout cas le réveil a été difficile , comme au sortir d'un cauchemar.
Je me revois surtout expliquer devant le juge les circonstances de l'acte et le fait que je considère la punition disproportionnée par rapport au délit.
les choses se passant au départ chez le frêre ainé de l'ado , majeur lui et militaire de carrière qui au courant n'y trouvait rien à redire.
En tout cas il aura fallu que cela m'ait bien troublé pour que j'en fasse mention, que je prenne des notes.
j'eusse préferé la fois où j'ai rêvé que j'étais en grande conversation avec Jean Paul II ou celle où je papotais avec SAS Rainier II de Monaco , le père de Steh' que j'ai eu il y a longtemps le bonheur de rencontrer.
Nous sommes vendredi et j'ai encore mal au crâne et le nodule à gauche est toujours douloureux.
je sens que je me prépare une journée de merde !

Décidément.
je ne sais plus trop où j'en suis que ce soit dans la réalité avec mes maux physiques et ma déprime qui point ou dans le monde des rêves où je m'aventure visiblement sur des terrains où je n'ai pas envie d'aller.
Quitte à faire un rêve intense, j'eusse préferé tant qu'à faire rêver que je partouzais joyeusement avec l'équipe de France de rugby, les messieurs qu'on voit tout nu dans les calendriers, un sandwiche entre Mirko et Mauro , ça aurait été plus cool .
Foutre ma main dans la culotte courte d'harry Potter, ça ne me plaît pas du tou .
Rock'n roll le traitement .

# Posté le lundi 11 juin 2007 03:37

treizième page

VENDREDI 23 MARS 2007 deuxième partie


Quand je me vois matin et soir jouer les " pré-papy " avec la répétition de mes petits gestes transformés en cérémonial , en messe du VIH, ça me fout les glandes.
J'ai cinq produits à prendre dont certains à raison d'une gélule et d'autres de deux gélules, ça m'en fait sept exactement sans compter le Spoutnikon qui n'existe pas encore en suppositoire.
Ca fait un joli ensemble sur la table de la cuisine quand j'aligne les flacons , toujours dans le même ordre pour ne pas me tromper .
C'est charmant comme tableau.
On n'est vraiment pas loin de l'image de l'infirmière qui apporte les médicaments aux vieux le soir dans les maisons de retraite.
Il y a comme du cousinnage dans l'air.
Je préfere ironiser, faire semblant de prendre ça de façon légère sinon je n'ai plus quà me flinguer.

Cette expression : " ça sent le sapin " me fait marrer car elle me renvoie immanquablement au monde du travail et à la grande famille des fonctionnaires à laquelle désormais j'appartiens puisque nous eûmes une loi Michel sapin .
Je suis fonctionnaire d'etat à 45 ans titularisé sur le quota COTOREP , d'employés handicapés.
Pendant des années j'ai essayé en vain de me faire titulariser soit par le biais des concours soit par le biais de ces fameuses " sapinisations " , entretiens sans concours qui permettaient d'évaluer vos capacités et de vous titulariser directement.
Je ne'y suis pas parvenu; c'est ainsi que j'ai décidé à contre coeur de faire jouer mon statut particulier.
ce ne fut pas de gaieté de coeur .
Je déteste l'appellation handicapé !
Ils n'on pas voulu me sapiniser, me mettre dans une boîte en sapin ? m'enterrer ?
Moi non plus je ne veux pas être mis dans une boîte en sapin.
Le plus tard possible .
Ca fait 21 ans que je me bats, 13 ans que j'ai commencé à avoir de gros soucis de santé et pourtant je suis encore là .
je suis une aberration , une erreur , il y a belle lurette que je ne devrais plus être là.
J'ai fait toutes les maladies opportunistes possibles, envisageables, tout le catalogue !
Du CMV à la pneumocystose en passant par le Kaposi .

En tout cas pour redevenir cinq minutes sérieux, ça fait du bien d'écrire , de s'épancher, de pouvoir coucher sur le papier mes griefs, mes angoisses, mes rancoeurs.
Ce qui ne devait être au départ qu'un simple journal sur ma prise de Spoutnikon devient en fait un journal tout court.
Le journal, le compte-rendu de ma vie , de mon quotidien.
Je veux y apparaître le plus vrai possible y compris dans ma médiocrité , dans mes travers douteux et misérables, comme cet épisode de rêve pédophile par exemple.

ce qui me rend fier c'est que malgré tout j'arrive à bosser et à un rythme pour le moins soutenu.
Il faut dire que je n'ai guère de mérite vu que j'ai la malchance d'avoir attéri dans un bureau composé de six personnes dont plus de la moitié ont du être gastéropodes dans une vie antérieure vu la lenteur qu'ils mettent à effectuer leur tâche .
Mais foin d'amertume , je ne veux pas ouvertement critiquer cette fonction publique qui m'a malgré tout accueilli et permis de devenir titulaire.
On ne crache pas dans la soupe .
En même temps , putan ! qu'est ce qu'ils sont lents pour certains ....
Si ils baisent comme ils bossent , la fille doit s'endormir en plein milieu du truc .

Ce dont je veux me souvenir , c'est ma seule capacité de travail.
c'est tout ce qu'il me reste ou presque.
Je n'ai pas de mecs , pratiquement pas d'amis .
Mon plus fidele allié c'est mon modulateur TNT

# Posté le lundi 11 juin 2007 06:07

quatorzième page

VENDREDI 23 MARS troisième partie

En ce moment comme le traitement est lourd, difficile et hasardeux, je me raccroche aux branches, à ce que je peux.
Je fais mon possible pour positiver en permanence.
Il me vient parfois des idées à la con comme de faire graver sur ma tombe : " ci-gît un vaillant petit soldat du VIH, un mec qui a résisté le plus longtemps possible "

Je sais aussi pourquoi je suis pertubé .
Hier a commencé le SIDACTION 2007 à la télé et j'ai vu au 20H de france 2 un reportage sur C.A , une fille qu'il m'est arrivé de croiser notamment lors d'un plateau sur canal plus dans l'émission de Gildas qui m'avaitt pour l'annecdote fort mal reçu.
J'aime bien cette fille, cela fait des années qu'elle témoigne, qu'elle laisse une trace visuelle de son évolution avec le virus.
La première fois c'était il y a plus de dix ans, éructante au milieu des gens d'Act up, émaciée, squeletique .
Puis je l'ai retrouvé sur le plateau sus-nommé, rondelette , en pleine forme , qui faisait de la résistance en refusant de prendre sérieusement ses antiprotéases.
Je l'avais gentiment charriée sur son exposition médiatique.

Et là, hier soir, je la revois, vieillie avec une sévere lipoatrophie du visage.
Pleine d'énergie, courant sur un terrain où elle entraîne des gens mais les joues creusées, une sale gueule, un peu comme la mienne.
Je me suis dit que c'était le même spectacle ou presque que je devais offrir désormais aux autres.
Le SIDA ça commence à sentir le roussi quand ça se voit, quand on peut vous identifier comme sidéen.
C'est ce qui m'arrive.
C'est ce qui lui arrive.
Je refuse d'ailleurs la plupart du temps d'être photographier, je n'éprouve plus aucun plaisir à l'être, je le fais pour faire plaisir mais je n'aime pas ça .
Si j'ai mis un portrait pour accompagner ce blog, c'est parce que je veux contrer ça , m'habituer , m'exposer, me revendiquer.
Je ne veux plus avoir honte d'être ce que je suis, d'être qui je suis .

# Posté le mardi 12 juin 2007 02:47