VENDREDI 23 MARS 2007 deuxième partie
Quand je me vois matin et soir jouer les " pré-papy " avec la répétition de mes petits gestes transformés en cérémonial , en messe du VIH, ça me fout les glandes.
J'ai cinq produits à prendre dont certains à raison d'une gélule et d'autres de deux gélules, ça m'en fait sept exactement sans compter le Spoutnikon qui n'existe pas encore en suppositoire.
Ca fait un joli ensemble sur la table de la cuisine quand j'aligne les flacons , toujours dans le même ordre pour ne pas me tromper .
C'est charmant comme tableau.
On n'est vraiment pas loin de l'image de l'infirmière qui apporte les médicaments aux vieux le soir dans les maisons de retraite.
Il y a comme du cousinnage dans l'air.
Je préfere ironiser, faire semblant de prendre ça de façon légère sinon je n'ai plus quà me flinguer.
Cette expression : " ça sent le sapin " me fait marrer car elle me renvoie immanquablement au monde du travail et à la grande famille des fonctionnaires à laquelle désormais j'appartiens puisque nous eûmes une loi Michel sapin .
Je suis fonctionnaire d'etat à 45 ans titularisé sur le quota COTOREP , d'employés handicapés.
Pendant des années j'ai essayé en vain de me faire titulariser soit par le biais des concours soit par le biais de ces fameuses " sapinisations " , entretiens sans concours qui permettaient d'évaluer vos capacités et de vous titulariser directement.
Je ne'y suis pas parvenu; c'est ainsi que j'ai décidé à contre coeur de faire jouer mon statut particulier.
ce ne fut pas de gaieté de coeur .
Je déteste l'appellation handicapé !
Ils n'on pas voulu me sapiniser, me mettre dans une boîte en sapin ? m'enterrer ?
Moi non plus je ne veux pas être mis dans une boîte en sapin.
Le plus tard possible .
Ca fait 21 ans que je me bats, 13 ans que j'ai commencé à avoir de gros soucis de santé et pourtant je suis encore là .
je suis une aberration , une erreur , il y a belle lurette que je ne devrais plus être là.
J'ai fait toutes les maladies opportunistes possibles, envisageables, tout le catalogue !
Du CMV à la pneumocystose en passant par le Kaposi .
En tout cas pour redevenir cinq minutes sérieux, ça fait du bien d'écrire , de s'épancher, de pouvoir coucher sur le papier mes griefs, mes angoisses, mes rancoeurs.
Ce qui ne devait être au départ qu'un simple journal sur ma prise de Spoutnikon devient en fait un journal tout court.
Le journal, le compte-rendu de ma vie , de mon quotidien.
Je veux y apparaître le plus vrai possible y compris dans ma médiocrité , dans mes travers douteux et misérables, comme cet épisode de rêve pédophile par exemple.
ce qui me rend fier c'est que malgré tout j'arrive à bosser et à un rythme pour le moins soutenu.
Il faut dire que je n'ai guère de mérite vu que j'ai la malchance d'avoir attéri dans un bureau composé de six personnes dont plus de la moitié ont du être gastéropodes dans une vie antérieure vu la lenteur qu'ils mettent à effectuer leur tâche .
Mais foin d'amertume , je ne veux pas ouvertement critiquer cette fonction publique qui m'a malgré tout accueilli et permis de devenir titulaire.
On ne crache pas dans la soupe .
En même temps , putan ! qu'est ce qu'ils sont lents pour certains ....
Si ils baisent comme ils bossent , la fille doit s'endormir en plein milieu du truc .
Ce dont je veux me souvenir , c'est ma seule capacité de travail.
c'est tout ce qu'il me reste ou presque.
Je n'ai pas de mecs , pratiquement pas d'amis .
Mon plus fidele allié c'est mon modulateur TNT